naïf


naïf

naïf, naïve [ naif, naiv ] adj.
• 1155; lat. nativus
I
1Vx ou littér. Originaire, natif. « saisir notre esprit dans son état naïf et comme à ses débuts » (Paulhan).
2(XVIe) Vieilli Qui représente bien la chose telle qu'elle est. ressemblant, sincère. « la naïve peinture des vices et des vertus » (P. Corneille).
Sc. Empirique. « comme on dit la théorie naïve des ensembles » (Queneau).
3(XVIe) Mod. Qui est naturel, sans artifice, spontané. « Elle offre l'image d'une gaieté naïve et franche » (Laclos). Qui est d'une simplicité sans apprêt. « L'adagio, cantilène simple et naïve » (Berlioz).
Spécialt Art naïf : art populaire, folklorique, contemporain de l'art évolué. Par ext. Peintre naïf. Subst. Les naïfs.
IICour. (Personnes)
1(1607) Plein de confiance et de simplicité par ignorance, par inexpérience. candide, confiant, ingénu, simple. « Aucune hypocrisie ne venait altérer la pureté de cette âme naïve » (Stendhal). Être très naïf (cf. Croire au Père Noël). Un air naïf. Qui exprime par ignorance des choses simples que tout le monde sait. ingénu, niais. Remarque naïve. Question naïve. simpliste.
2(1642) Qui est d'une crédulité, d'une confiance irraisonnée et quelque peu ridicule. crédule, gobeur , fam. 2. gogo, innocent, niais, nigaud. « il est encore plus naïf que vous, il s'imagine que tout le monde est bon » (Green). Je ne suis pas assez naïf pour y croire.
Subst. Vous me prenez pour un naïf ! gobe-mouche, jobard, niais, poire. Jouer les naïfs.
⊗ CONTR. Artificieux, astucieux, habile, méfiant, rusé.

naïf nom masculin Peintre naïf. ● naïf, naïve adjectif et nom (latin nativus, naturel, de nasci, naître) Qui est ingénu, confiant et simple par inexpérience ou par nature : Les grâces naïves de l'enfance. Qui est d'une crédulité, d'une candeur excessives, au point d'être ridicule : C'est un naïf toujours dupe des autres.naïf, naïve (synonymes) adjectif et nom (latin nativus, naturel, de nasci, naître) Qui est ingénu, confiant et simple par inexpérience ou par...
Synonymes :
- pur
Qui est d'une crédulité, d'une candeur excessives, au point d'être...
Synonymes :
- benêt
- gobe-mouches (familier)
- gobeur (familier)
- godiche (familier)
- gogo (familier)
- jobard (familier)
naïf, naïve adjectif Littéraire Qui est naturel, spontané, sincère : Une gaieté naïve. Se dit d'un art, la peinture le plus souvent, pratiqué par des artistes autodidactes doués d'un sens plastique naturel et ne prétendant pas à l'art savant (académique ou d'avant-garde). Se dit d'une théorie, d'une proposition, d'une hypothèse qui est présentée sans explication des lois et des règles qui ont présidé à son élaboration. ● naïf, naïve (citations) adjectif Littéraire Joseph Roth Brody, Galicie, 1894-Paris 1939 Il était naïf, car c'était un révolutionnaire. Er war naiv, denn er war ein Revolutionär. Un chapitre de révolution

naïf, ïve
adj. et n.
rI./r
d1./d Qui est, par manque d'expérience, candide, simple et ingénu. La fillette répondit avec une candeur naïve et charmante.
d2./d Qui est d'une simplicité un peu niaise, d'une crédulité excessive. On lui fait faire n'importe quoi tant il est naïf.
|| Subst. Un naïf, une naïve.
rII./r
d1./d Naturel, ingénu, sans artifice. Les élans naïfs de l'enfance.
|| Didac. Se dit d'un comportement qui fait appel à l'intuition dans le domaine des connaissances au lieu de s'appuyer sur une démarche scientifique.
d2./d BX-A Art naïf: nom donné à l'art de certains autodidactes dont les oeuvres ont un caractère ingénu et populaire.
Par ext. Peintre naïf.
|| Subst. Les naïfs haïtiens.

⇒NAÏF, NAÏVE, adj. et subst.
I.Adjectif
A.Vx ou littér. Originel, natif. La médiocrité naturelle et naïve est une face de la vie humaine comme une autre; elle a le droit qu'on s'occupe d'elle (RENAN, Avenir sc., 1890, p.183):
1. De quel chaos l'homme est sorti, tu l'apprendras si tu ne le sais pas encore. Il en est mal sorti; de tout son poids naïf il y retombe dès que l'esprit ne le soulève plus au-dessus.
GIDE, Retour enfant prod., 1907, p.482.
En partic.
Vieilli. [En parlant d'une durée] Proche de l'origine du monde où la vie est d'une simplicité naturelle, sans apprêt. Dieu dans cette eau met le ciel bleu. Beaux jours! cantique des cantiques! Oh! les charmants siècles naïfs (HUGO, Chans. rues et bois, 1865, p.58). L'animal que nous poursuivons est une survivance de ces époques naïves [le lias et le crétacé] (CLAUDEL, Soulier, 1929, 4e journée, 5, p.882).
Pointe naïve. ,,Diamant qui, naturellement et sans taille, offre une forme pyramidale`` (CHESN. 1858; dict. XIXe et XXe s.).
B. — 1. D'une simplicité naturelle, sans apprêt.
a) [En parlant d'une pers.] Doux marchands, ouvriers équitables toujours, Laboureurs, si naïfs étant nés loin des cours (SULLY PRUDH., Justice, 1878, p.158). Ces chansons que trouvent, au soir de leur vie, les pécheurs naïfs et alcooliques, le nez sur leur absinthe mais leur âme dans les prairies de leur enfance (BRASILLACH, Corneille, 1938, p.334):
2. ... soyez naïf dans vos sensations. Qu'avez-vous besoin de les étudier? N'est-ce point assez d'en être ému?
FROMENTIN, Dominique, 1863, p.105.
b) [En parlant d'une chose]
[En parlant d'une chose concr.] Un délicieux petit lac (...) une île bien jetée dans des eaux calmes, coquette et simple, naïve et cependant parée (BALZAC, Employés, 1837, p.42). Quelques raies de vignes, des haies de rosiers naïfs mais robustes rendaient la promenade aimable (GIONO, Bonh. fou, 1957, p.336):
3. Ici, nous sommes logés dans une grande auberge (...) vaste maison de poupée, blanche avec des volets verts (...). Le village est du dix-huitième siècle. Les petites maisons naïves sont groupées autour d'une sorte de pré communal qu'entoure une barrière blanche.
GREEN, Journal, 1941, p.119.
[En parlant d'une chose abstr., d'un attribut d'une pers., d'une manifestation de l'esprit hum.] Amour, plaisir naïf; beauté, chanson, gaieté, grâce, joie, simplicité, tendresse naïve; manières naïves. Un andantino à quatre parties pour l'orgue. Je crois y trouver un certain caractère de mysticité agreste et naïve (BERLIOZ, Grotesques, 1869, p.170). Entre eux (...), c'est le ciel! C'est l'estime naïve et pure! C'est le tout simple amour, avec ses ingénues tendresses (VILLIERS DE L'I.-A., Contes cruels, 1883, p.339):
4. ... la voix de M. Ouine ne semblait nullement faite pour exprimer un sentiment aussi simple, aussi naïf que celui de la surprise, d'une surprise pour ainsi dire à l'état pur, prise à sa source, sans aucun mélange de curiosité ou d'ironie.
BERNANOS, M. Ouine, 1943, p.233.
2. En partic.
a) [En parlant d'une description, d'une oeuvre d'art, d'un moyen d'expression] Qui décrit, qui représente la réalité telle qu'elle est ou en la simplifiant, sans rechercher d'effet. Gravure, peinture naïve. Faire une description, une relation, une peinture naïve de quelque chose (Ac.). Un pinceau naïf qui se ferait scrupule de prêter à l'illusion quelque artifice imposteur (NODIER, Fée Miettes, 1831, p.146). La naïve représentation du Paradis terrestre dans les Bibles illustrées que nous avons feuilletées dans notre enfance (GREEN, Journal, 1943, p.16):
5. Il y a dans notre maison une pauvre image qui nous fut précieuse, une sorte de Calvaire des humbles emprunté à je ne sais quelle église de campagne, naïf crayonnage en couleurs qu'on croirait l'oeuvre de quelque admirable enfant.
BLOY, Journal, 1900, p.11.
Art naïf. Art populaire et spontané pratiqué à partir de la fin du XIXe siècle par des peintres autodidactes. P. méton. Peintre, artiste naïf. Peintre, artiste qui pratique cet art. Chez les peintres naïfs de soleils couchants, où un éventail de rayons rouges à la fois dans le ciel et sur la mer (...) traduit l'obsession insolite d'une perspective matérialisée (GRACQ, Beau tén., 1945, p.93):
6. Il suffit de feuilleter n'importe quel catalogue d'exposition d'art naïf pour s'apercevoir que le répertoire naïf est exactement celui du calendrier des postes. Non pas qu'il faille incriminer ici une faiblesse à imaginer. Au contraire: l'artiste naïf porte témoignage de ce qu'il connaît et, de ce fait, s'inscrit en faux contre l'imagerie académique (...). L'artiste naïf veut montrer le vrai visage des choses.
Encyclop. univ., t.11, 1971, p.545.
Emploi subst. masc. Artiste, peintre qui pratique cet art. Nous avons découvert cet art [des fous] en même temps que celui des naïfs. Aucun grand peintre n'a comparé ceux-ci aux maîtres (...). Si leur «école» n'a pas de maîtres, elle a un style (MALRAUX, Voix sil., 1951, p.530).
Vieilli, emploi subst. masc. sing. à valeur de neutre. Ce qui est d'une simplicité naturelle, sans apprêt (dans une description, dans une oeuvre d'art, dans un moyen d'expression). Le naïf, en littérature, n'est pas le bas et le trivial (Ac. 1835, 1878). Un rapin français s'en allant en Italie à la recherche du naïf dans l'art (GAUTIER, Italia, 1852, p.10). Il fut un temps où dans la poésie, dans la peinture, le naïf était l'objet d'une grande recherche, une espèce nouvelle de préciosité (BAUDEL., Art romant., A. Barbier, 1861, p.532).
b) Qui est préalable à tout système formalisé. La théorie naïve des ensembles (QUENEAU, Bâtons, chiffres et lettres, 1965, p.322 ds ROB. Suppl. 1970). Une schématisation prend appui sur des données plus ou moins réelles ou plus ou moins fictives, «réel» et «fictif» étant entendu [sic] au sens le plus naïf (J.-Bl. GRIZE, De la logique à l'argumentation, Genève, Paris, Droz, 1982, p.197).
II.Adj. et subst. (Personne) qui fait preuve (de trop) d'ingénuité, de confiance, de crédulité. Synon. ingénu, niais (péj.); anton. malin, retors (péj.). Une personne franche et naïve (Ac.). C'est un homme naïf dont vous tirerez tout ce que vous voudrez (Ac. 1935). La vente sérieuse, la dégringolade fatale de trois cents francs à quinze francs, les bénéfices énormes sur tout un petit monde de naïfs, ruinés du coup (ZOLA, Argent, 1891, p.110). Il ne manquait pas de naïfs pour mettre en action la morale que les autres écrivaient (ROLLAND, J.-Chr., Foire, 1908, p.752):
7. Comédienne naïve, elle espérait, par exemple, donner le change lorsqu'elle servait le thé tiède, en feignant de se brûler la langue.
COCTEAU, Gd écart, 1923, p.19.
SYNT. Enfant, garçon, jeune homme naïf; jeune fille naïve; tromper un naïf, une naïve; paraître naïf/naïve, passer pour naïf/naïve; jouer les naïfs; faire le naïf, la naïve; (ne pas) être naïf/naïve au point de + inf.; (ne pas) être assez naïf/naïve pour + inf.
[P. méton.] Emploi adj. [En parlant d'un attribut d'une pers., d'une manifestation de l'esprit hum.] Qui est propre à une telle personne, qui dénote une ingénuité, une confiance, une crédulité qui peut être excessive. Leur noyau initial [des religions] (...) est constitué par les premières et naïves explications que l'homme a pu trouver aux phénomènes naturels (MARTIN DU G., J. Barois, 1913, p.443). La recherche du bonheur dans la satisfaction du désir moral était aussi naïve que l'entreprise d'atteindre l'horizon en marchant devant soi (PROUST, Fugit., 1922, p.450):
8. La négligence orgueilleuse de Lamartine prend sa source dans la naïve conviction où il est qu'un vers est beau uniquement parce qu'il est de lui.
VIGNY, Journal poète, 1838, p.1096.
SYNT. Air, étonnement, rire, sentiment naïf; admiration, candeur, confiance, croyance, foi, ignorance, piété, question, réponse naïve; yeux naïfs.
Prononc. et Orth.:[naif], fém. [nai:v]. Ac. 1694, 1718: naif, naive; dep. 1740: naïf, naïve. Étymol. et Hist. A. 1re moitié XIIe s. subst. «indigène, autochtone» (Ps. Cambridge, XXXVI, 35 ds T.-L.); 1155 adj. «natif de» gent naïve de (WACE, Brut, éd. I. Arnold, 9966). B. 1. a) Ca 1150 «naturel» mont naïf «mont naturel [tel qu'il a été disposé par la nature]» par conséquent «ferme, solide» (Thèbes, éd. G.Raynaud de Lage, 268); ca 1160 roche näive (Eneas, 420 ds T.-L.); b) ca 1200 «qui n'a pas subi d'altération» sebelins näis et kenus (JEAN RENART, Escoufle, 5785, ibid.); 2. ca 1165 «de nature, de naissance; véritable, réel» spéc. dans le syntagme fol naïs (Guillaume d'Angleterre, éd. M. Wilmotte, 2577); 3. 1549 «qui imite le naturel» (TYARD, Erreurs am., III, 9 ds HUG.: Je te peindray d'un pinceau plus naïf); 1565 Beaux-Arts au naïf «exactement, de manière ressemblante» (RONSARD, Nouvelles poésies, II, Elégie, 50, éd. P. Laumonier, t.12, p.232); 1690 (FUR.: Ce peintre a fait une peinture naïve du visage de cet homme); 1845 personnages naïfs, ouvrages naïfs (BESCH.); id. subst. le naïf «le genre naïf» (ibid.); 4. 1559 «dénué d'artifice, sans apprêt, naturel» grace naïve (AMYOT, Hommes illustres, Alcibiade, II, éd. Gérard-Walter, t.1, p.419); 1607 «qui dit sa pensée sans détour» (HULSIUS d'apr. FEW t.7, p.44b). C. 1. 1252 dame naïue «femme sotte» (Chansons et dits artésiens, éd. R. Berger, XV, 66); 2. 1642 «(d'une chose) sans finesse, démontrant une âme un peu sotte» témoignage naïf (A. GARABY DE LA LUZERNE, Le noble campagnard, 112 ds Satires fr. du XVIIe s., éd. F. Fleuret et L. Perceau, t.1, p.257); 1690 responses naïves; conte naïf (FUR.). Du lat. nativus «qui naît, qui a une naissance, un commencement; reçu en naissant, inné; donné par la nature, naturel», v. natif. Fréq. abs. littér.:2967. Fréq. rel. littér.:XIXe s.: a) 3772, b) 4167; XXe s.: a) 4679, b) 4352. Bbg. GIR. 1834, p.64. — SCHMITS (G.). La Peint. naïve à la rech. d'un nom. Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1977, t.15, pp.217-250.

naïf, ïve [naif, iv] adj. et n.
ÉTYM. 1155, « natif, originaire »; dér. du lat. nativus, de natum, supin de nasci → Naître.
———
I
1 Vx, littér. Originaire, natif, premier. Naturel (→ Chaos, cit. 1, Gide; langue, cit. 32, Ronsard).
1 (…) on nous donne volontiers pour idéal de parvenir à saisir notre esprit dans son état naïf, et comme à ses débuts, alors que la raison ne l'a pas encore atteint ou déformé.
J. Paulhan, Entretien sur des faits divers, p. 70.
Techn. || Pointe naïve : diamant naturellement pyramidal.
2 (XVIe). Vieilli. « Vrai, sincère, ressemblant. Il se dit d'une peinture, d'un discours qui représente bien la chose telle qu'elle est » (Furetière, 1690).REM. Dès le XVIIe, naïf emporte autant l'idée de simplicité, d'absence d'apprêt (→ ci-dessous, 3.), que celle de fidélité au réel, d'exactitude scrupuleuse. — L'esprit (cit. 137) naïf de La Fontaine.
2 Jacques Amyot, plus connu par sa naïve traduction de Plutarque (…)
Voltaire, Essai sur les mœurs, CLXXII.
N. m. (Vx). || Le naïf (→ Héroïque, cit. 5).
Mod., didact. Intuitif; qui ne repose pas sur une théorie explicite, n'est pas fondé sur une démarche scientifique (en parlant des connaissances).
3 Nos recherches sont :
1o Naïves : je prends le mot naïf dans son sens périmathématique, comme on dit la théorie naïve des ensembles. Nous allons de l'avant sans trop raffiner. Nous essayons de prouver le mouvement en marchant.
R. Queneau, Bâtons, chiffres et lettres, p. 322.
3 (XIIe). Cour. Qui est naturel, sans artifice, primesautier, spontané… (en parlant de choses abstraites). || Gaieté (cit. 1) naïve et franche. || Désir effronté et naïf du plaisir (→ Minois, cit. 2). || Bonne foi naïve, sincère (→ Faute, cit. 19).Spécialt. (Avec influence du sens II.). Qui est d'une simplicité sans apprêt. || Cantilène (cit.) simple et naïve. || Rythmes naïfs (→ Littérature, cit. 15). || Style naïf. || Récit naïf.
4 On est persuadé que nos pères étaient tous naïfs; que c'était un bienfait de leurs temps et de leurs mœurs, et qu'il est encore attaché à leur langage : si bien que certains auteurs empruntent aujourd'hui leurs tournures afin d'être naïfs aussi. Ce sont des vieillards qui, ne pouvant parler en hommes, bégayent pour paraître enfants; le naïf qui se dégrade tombe dans le niais.
Rivarol, Littérature, I.
Peintre naïf : peintre autodidacte dont l'art est spontané et indépendant de celui qui est pratiqué dans l'institution (écoles, tradition), au moins à l'origine.N. m. || Un naïf : un peintre (homme ou femme) naïf. || « À la fraîcheur d'émotion des premiers naïfs succéda le savoir-faire d'une foule de copistes » (le Robert de la peinture, art. Naïf).
5 Les formes (…) de l'art naïf, suivent (…) une tradition qu'il est imprudent d'attribuer à la seule naïveté (…) L'art naïf est sentimental, mais un art sentimental n'est pas nécessairement instinctif. Croit-on que le naïf peigne par hasard des personnages qui ressemblent (…) aux mannequins ? Les peintres de foires connaissent fort bien leurs sujets privilégiés (…) et le style de ces sujets. Il (le Douanier Rousseau) peignait innocemment ce qu'il voyait ? (…) Maladroit ou non (…) le style de ses grandes œuvres est aussi opiniâtrement conquis que celui de Van Eyck (…) Il y a bien un naïf chez lui, mais sur ce naïf son vrai style est conquis feuille à feuille.
Malraux, les Voix du silence, p. 287-291-292.
Peinture naïve : peinture pratiquée par les artistes naïfs. || Peinture naïve française (le Douanier Rousseau, A. Bauchant, etc.), yougoslave, polonaise, haïtienne… || Art naïf. Brut (art).
———
II Cour. (Personnes).
1 (1607). Qui est plein de confiance et de simplicité (par ignorance, inexpérience, irréflexion…). || Un jeune homme naïf. Inexpérimenté, jeune. || Cœur naïf. Candide, confiant, ingénu, simple (→ Empoisonner, cit. 24; épancher, cit. 25). || Âme naïve (→ Égarer, cit. 9; élever, cit. 59).Grâce naïve de l'enfant (→ Forme, cit. 29). || Beauté, gaucherie (cit. 1) naïve (→ Grâce, cit. 85). || Candeur naïve. || Foi naïve (→ La foi du charbonnier).
6 Le surnuméraire est à l'Administration ce que l'enfant de chœur est à l'Église, ce que l'enfant de troupe est au Régiment, ce que le rat est au Théâtre : quelque chose de naïf, de candide, un être aveuglé par les illusions.
Balzac, les Employés, Pl., t. VI, p. 912.
7 C'était la suprême espérance de cette âme pleine d'une foi naïve; et naïve, la foi l'est toujours !
Barbey d'Aurevilly, Une histoire sans nom, p. 180.
Qui dit sa pensée sans détours, qui est franc, direct.
7.1 Vous dites donc que Diderot est un bon-homme. Je le crois, car il est naïf.
Voltaire, Correspondance, 1536, 12 mars 1758.
2 (1642). Qui est d'une crédulité, d'une confiance irraisonnée et quelque peu ridicule. Crédule, gobeur (cit. 3), godiche, innocent, jobard, niais, simplet (→ Croire au Père Noël, être né d'hier, être tombé de la dernière pluie…). || Vous vous imaginez qu'il tiendra parole ? Vous êtes naïf ! || Vous le prenez pour plus naïf qu'il n'est (→ Pour un enfant).Par ext. || Vanité naïve. || Réponse, remarque naïve. || Entreprise naïve, fondée sur une confiance excessive, irraisonnée (→ Horizon, cit. 2).
8 Ah ! celui-là ! (…) Vous ne savez pas qu'il est encore plus naïf que vous (…) Il s'imagine que tout le monde est bon comme le pain.
J. Green, Adrienne Mesurat, III, VIII.
9 Il y a donc des hommes assez naïfs pour, étant nobles, mépriser ceux qui ne le sont pas ?
Valery Larbaud, Barnabooth, Journal, II.
3 N. || Un naïf, une naïve : une personne naïve (surtout au sens 2.). Bonhomme, gille, gobe-mouches (vx); gobeur, gogo; dupe, niais, poire (→ Appareil, cit. 14; candide, cit. 2). || Faire marcher, mystifier un naïf. || Pauvre naïf ! || C'est fait pour attraper les naïfs.
CONTR. Artificieux, astucieux, critique, désabusé, dessalé, habile, incrédule, malicieux, recherché, réfléchi.
DÉR. Naïvement, naïveté.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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